
Votre téléphone vibre. Un message : “Votre colis attend à l’agence. Frais de livraison : 2,99€. Payez maintenant pour éviter le retour → [lien]”. Vous n’avez rien commandé récemment, mais votre conjoint peut-être ? Ou ce cadeau d’anniversaire pour votre mère ? Le montant est dérisoire. Le lien ressemble à celui de La Poste. Vous cliquez.
Trois secondes plus tard, vous venez de transmettre vos identifiants bancaires à une organisation criminelle quelque part entre Lagos et Bucarest.
Félicitations : vous êtes la dernière victime de l’ingénierie sociale.

Ce scénario, des millions de Français l’ont vécu en 2024. Certains ont cliqué, d’autres non. La différence ne tient pas à leur niveau en informatique, mais à un détail : l’instant où le message est arrivé, leur état d’esprit, le contexte. Personne n’est à l’abri. Pas même les directeurs de sécurité des systèmes d’information qui, pourtant, connaissent ces techniques par cœur.
Pendant que France Travail encaisse une compromission de 43 millions de personnes, que Pathé se fait dérober 19 millions d’euros, et que des mairies lyonnaises voient les salaires de leurs agents détournés par de simples courriels, une évidence émerge : l’ingénierie sociale ne brise pas les systèmes. Elle contourne les humains qui les utilisent.
En France, environ 60% des cyberattaques recensées en 2024 ont commencé par une tentative d’hameçonnage. Donc loin devant l’exploitation de vulnérabilités techniques à 47%, les attaquants ont compris qu’il était bien plus simple de tromper une personne que de forcer un pare-feu. Et pendant que les entreprises investissent des fortunes dans des équipements de pointe, 82% des violations de données résultent encore d’une erreur humaine, qu’il s’agisse d’hameçonnage, de vol d’identifiants ou de manipulations psychologiques savamment orchestrées.
Cette réalité pose une question embarrassante pour beaucoup d’organisations : et si la cybersécurité n’était pas qu’une affaire de technique ?
L’ingénierie sociale : l’art d’exploiter ce qui ne se patch pas
L’ingénierie sociale désigne l’ensemble des techniques visant à manipuler psychologiquement des individus pour leur soutirer des informations confidentielles ou leur faire accomplir des actions compromettantes. Contrairement aux attaques purement techniques qui exploitent des failles logicielles, elle cible directement l’élément humain : la confiance, la curiosité, l’autorité hiérarchique, l’urgence, la peur. En clair, vous êtes la clé vers vos données lorsqu’elles ne sont pas accessibles autrement. Aussi bien en tant que personne mais aussi en tant que potentiel collaborateur-rice d’une société visée.
Le principe est d’une simplicité redoutable : pourquoi s’échiner à pirater un système quand on peut simplement demander le mot de passe ? Bien sûr, encore faut-il savoir demander. Et c’est précisément là que réside tout l’art de l’ingénierie sociale : créer un contexte suffisamment crédible pour que la victime baisse sa garde.
Selon le rapport Verizon 2025, le facteur humain reste impliqué dans environ 60% des violations de données à l’échelle mondiale, un constat qui se vérifie largement en France. Les cybercriminels ont affiné leurs techniques au fil des années, passant de l’hameçonnage grossier aux approches ultraciblées qui exploitent avec précision les informations publiques disponibles sur les réseaux sociaux, les sites d’entreprises et les communiqués de presse.
L’ingénierie sociale s’appuie désormais sur de multiples thématiques contextualisées : livraison de colis, fraude bancaire, accusation d’infraction, problème technique urgent. Cybermalveillance.gouv.fr constate que cette diversification des modes opératoires a considérablement élargi le champ d’action de la menace, rendant plus difficile encore la détection des tentatives malveillantes.
Les techniques qui font mouche : du classique au sophistiqué

L’hameçonnage : la porte d’entrée préférée des attaquants
Avec 73% des entreprises françaises concernées selon le baromètre des cyberattaques 2025, l’hameçonnage reste la technique d’ingénierie sociale la plus répandue. Son principe est connu : usurper l’identité d’une organisation de confiance pour inciter la victime à cliquer sur un lien piégé ou à divulguer ses identifiants.
Ce qui rend cette technique particulièrement redoutable aujourd’hui, c’est son évolution constante. L’intelligence artificielle a démultiplié son efficacité : courriels parfaitement rédigés sans fautes, personnalisés avec des informations volées lors de précédentes fuites de données, voix clonées par IA pour le hameçonnage téléphonique. Les victimes ne peuvent plus se fier aux critères traditionnels de détection comme les fautes d’orthographe ou les formulations approximatives.
Cybermalveillance.gouv.fr observe une progression constante de 55% des recherches d’assistance liées au piratage de compte, avec notamment une forte recrudescence de l’hameçonnage ciblant les identifiants de messagerie et de l’ingénierie sociale pour pirater les comptes de réseaux sociaux.
Le pretexting : quand le mensonge devient art de la persuasion
Le pretexting consiste à créer un scénario crédible mais entièrement faux pour gagner la confiance de la victime. Selon le rapport 2023 de Verizon, il intervient dans plus de 50% des attaques par ingénierie sociale, preuve que les attaquants misent massivement sur la psychologie humaine.
L’attaquant se fait passer pour un technicien informatique, un représentant des ressources humaines, un auditeur externe, ou toute autre personne ayant une raison légitime de demander des informations sensibles. Cette technique implique généralement une phase préparatoire minutieuse : recherche sur la cible, collecte d’informations publiques, compréhension de l’organigramme et des processus internes.
En août 2023, la société Retool a subi une cyberattaque qui avait débuté par un simple message où les attaquants se présentaient comme des membres du service informatique demandant à un employé de cliquer sur un lien pour régler un problème de paiement. Résultat : 27 comptes clients compromis et 15 millions de dollars en cryptomonnaie dérobés.
L’arnaque au président : la reine des escroqueries

L’arnaque au président, également appelée fraude aux faux ordres de virement, mérite une attention particulière tant elle illustre parfaitement la sophistication de l’ingénierie sociale moderne. En France, cette technique a progressé de 63% entre 2022 et 2023, devenant l’un des modes opératoires connaissant la croissance la plus rapide.
Le principe : se faire passer pour un dirigeant d’entreprise auprès d’un collaborateur, généralement du service financier, et le convaincre d’effectuer un virement urgent et confidentiel. Les escrocs collectent méticuleusement des informations sur l’entreprise cible : son activité, ses projets en cours, ses dirigeants, son organigramme. Ils créent ensuite un climat d’urgence et de confidentialité pour empêcher la vérification.
Gilbert Chikli, devenu célèbre pour avoir popularisé cette technique dans les années 2000, a extorqué des millions à des entreprises comme La Poste, les Pages Jaunes ou Disneyland Paris. Son histoire, adaptée au cinéma dans le film “Je compte sur vous”, illustre les sommes vertigineuses en jeu. Plus récemment, le groupe Pathé s’est fait dérober 19,2 millions d’euros par sa filiale néerlandaise suite à quelques courriels soigneusement élaborés.
Début 2025, plusieurs cas ont illustré une variante inquiétante : la modification frauduleuse de coordonnées bancaires pour détourner les salaires. En janvier, une entreprise de logistique parisienne a perdu 75 000 euros après que les escrocs ont usurpé l’identité de cinq employés. En février, une mairie du sud de la France a versé 12 000 euros sur de faux comptes. En mars, une société lyonnaise a vu trois salaires détournés pour 18 500 euros.
La Cour de cassation, dans un arrêt d’octobre 2024, a d’ailleurs clarifié la responsabilité des banques : face à des opérations inhabituelles et des anomalies apparentes, elles doivent désormais suspecter une fraude au président et s’assurer de la régularité des ordres auprès du dirigeant.
Le baiting : l’appât qui coûte cher
Le baiting exploite la curiosité ou l’appât du gain en utilisant un objet physique ou une promesse alléchante. L’exemple classique : une clé USB estampillée “Salaires 2025” abandonnée stratégiquement dans le parking d’une entreprise. Un employé curieux la branche sur son ordinateur professionnel et active involontairement un programme malveillant qui compromet le système entier.
Cette technique fonctionne aussi en ligne : téléchargement gratuit de logiciels piratés, accès à du contenu prétendument exclusif, fausses offres promotionnelles. Une fois que l’utilisateur mord à l’hameçon, il installe lui-même le programme malveillant qui donnera accès aux attaquants.
Les techniques émergentes : quand l’innovation sert la fraude
Au premier semestre 2025, une méthode baptisée ClickFix s’est imposée comme le deuxième vecteur d’attaque le plus fréquent après l’hameçonnage classique. Elle incite les utilisateurs à exécuter des commandes malveillantes sous prétexte de corriger une erreur système fictive. Cette technique a connu une croissance spectaculaire de plus de 500% par rapport au second semestre 2024.
Sa variante FileFix trompe l’utilisateur en lui demandant de télécharger ou d’ouvrir un fichier malveillant, prétendument destiné à corriger une erreur ou un fichier corrompu. Ces nouvelles approches démontrent la capacité d’adaptation constante des cybercriminels et leur compréhension fine des réflexes comportementaux des utilisateurs face aux messages d’erreur.
Les conséquences bien réelles de l’ingénierie sociale

Des impacts financiers considérables
Le coût moyen d’une cyberattaque réussie en France s’établit à 58 600 euros, selon les données 2025. Ce montant se décompose en trois catégories : 25 600 euros pour répondre à l’attaque, 7 300 euros liés à l’interruption d’activité, et 25 700 euros de rançon potentielle. À l’échelle nationale, le coût des cyberattaques réussies pour les organisations privées et publiques françaises est estimé à 2 milliards d’euros en 2022, un chiffre qui n’a cessé de croître depuis.
En 2024, la cybercriminalité a représenté un coût estimé à plus de 100 milliards d’euros pour les entreprises françaises. Les périodes d’inactivité consécutives à une cyberattaque coûtent environ 53 000 dollars par heure, selon une étude de VikingCloud. Pour les petites entreprises, ce type de perturbation peut être dévastateur : 60% des entreprises victimes ferment dans les 18 mois suivant une attaque.
Des conséquences opérationnelles et commerciales
Au-delà des pertes financières directes, 61% des entreprises concernées par une cyberattaque déclarent avoir subi des conséquences commerciales significatives. Les trois principales sont la perturbation de la production (21%), la fuite d’informations sensibles sur les savoir-faire de l’entreprise (14%), et l’indisponibilité du site web (14%).
Le baromètre CESIN 2025 révèle que 47% des entreprises françaises ont subi au moins une cyberattaque majeure en 2024, une proportion stable par rapport à 2023. Mais les conséquences de ces attaques se sont aggravées : le vol de données touche désormais 42% des entreprises victimes, soit 11 points de plus qu’en 2023. Dans 65% des cas, l’incident a perturbé l’activité pendant une période significative.
Parmi les conséquences commerciales les plus dommageables : 47% des entreprises attaquées perdent des prospects et 43% perdent des clients. L’atteinte à la réputation et la perte de confiance constituent souvent des dommages plus durables que les pertes financières immédiates.
L’exposition massive des données personnelles
L’affaire France Travail illustre l’ampleur des dégâts possibles. En mars 2024, 43 millions de personnes ont été exposées lors de l’attaque la plus massive de l’histoire française. En juillet 2025, 340 000 comptes supplémentaires ont été compromis via la plateforme Kairos. En décembre 2025, 1,6 million de jeunes des Missions Locales se sont retrouvés exposés. Au total, plus de 44,9 millions de personnes touchées cumulativement, avec noms, prénoms, numéros de sécurité sociale, dates de naissance, identifiants, adresses et numéros de téléphone compromis.
La méthode utilisée repose précisément sur l’ingénierie sociale : exploitation de comptes partenaires compromis, programmes voleurs d’informations installés sur des ordinateurs personnels, absence d’authentification à double facteur malgré les alertes répétées depuis 2023.
Pourquoi la technique ne suffira jamais

Face à ces constats, une évidence s’impose : la cybersécurité ne peut se résumer à empiler des solutions techniques. Les pare-feu les plus sophistiqués, les antivirus les plus performants, les systèmes de détection les plus avancés restent impuissants face à un employé qui saisit volontairement ses identifiants sur une fausse page de connexion ou qui exécute un ordre de virement demandé par son prétendu directeur.
Une étude de CyberArk 2024 révèle que 49% des employés réutilisent les mêmes identifiants dans plusieurs applications professionnelles, et 36% utilisent les mêmes identifiants pour leurs comptes personnels et professionnels. Plus inquiétant encore : 65% des employés des petites et moyennes entreprises contournent les politiques de cybersécurité pour faciliter leur travail.
Ces comportements amplifient considérablement les risques d’exploitation massive d’identifiants compromis et d’attaques latérales. Ils démontrent surtout une réalité inconfortable : la sensibilisation technique ne suffit pas. Il faut comprendre les mécanismes psychologiques qui conduisent les personnes à prendre ces raccourcis, à faire confiance aux mauvais interlocuteurs, à céder sous la pression.
L’ANSSI observe en 2024 que 85% des entreprises interrogées sensibilisent désormais leurs collaborateurs aux risques cyber, et 70% affirment que les bonnes pratiques sont suivies. Pourtant, les attaques par ingénierie sociale continuent de progresser. Cette contradiction apparente s’explique simplement : former quelqu’un à reconnaître un courriel d’hameçonnage ne le rend pas automatiquement capable de résister à une manipulation sophistiquée qui joue sur l’autorité hiérarchique, l’urgence et la confiance.
Un défi qui nécessite des profils atypiques par rapport aux standards utilisés jusqu’alors

Au-delà de la technique : psychologie, communication et sciences sociales
L’ingénierie sociale s’appuie sur des mécanismes psychologiques précis : biais cognitifs, déclencheurs émotionnels, dynamiques de groupe, rapports d’autorité. Comprendre ces mécanismes ne relève pas de la compétence technique informatique, mais bien des sciences humaines et sociales.
Une personne issue de la psychologie, de la sociologie ou des ressources humaines possède naturellement une compréhension fine de ces dynamiques. Elle sait comment les individus réagissent face à l’autorité, comment se créent les relations de confiance, quels leviers émotionnels peuvent court-circuiter le raisonnement logique. Cette expertise est précisément ce dont ont besoin les organisations pour concevoir des programmes de sensibilisation réellement efficaces.
Les attaquants utilisent la flatterie, le sentiment d’urgence, la peur de déplaire à un supérieur hiérarchique, la curiosité, l’appât du gain. Contrer ces techniques nécessite de former les collaborateurs non pas seulement à repérer des signaux techniques (adresse courriel suspecte, certificat invalide), mais à reconnaître les manipulations psychologiques et à développer des réflexes comportementaux appropriés.
Les profils en reconversion : un atout insoupçonné
Contrairement aux idées reçues tenaces, la cybersécurité n’est pas réservée aux personnes ayant suivi un cursus technique dès leur formation initiale. Les professionnels issus de l’enseignement possèdent des compétences pédagogiques précieuses pour concevoir des formations engageantes. Ceux venant de la santé comprennent les protocoles rigoureux et la gestion de crise. Les militaires maîtrisent la discipline opérationnelle et la planification stratégique.
Ces profils atypiques apportent justement ce qui manque souvent dans les équipes purement techniques : la capacité à communiquer avec des non-spécialistes, à comprendre les contraintes opérationnelles des métiers, à adapter le discours selon les publics. Lorsqu’un responsable de la sécurité doit sensibiliser le service comptabilité aux risques d’arnaque au président, il ne s’agit pas de leur expliquer le fonctionnement des protocoles de chiffrement, mais de leur faire comprendre les mécanismes de manipulation et les procédures de vérification adaptées à leur contexte.
L’importance de la sensibilisation adaptée
L’étude GetApp 2024 révèle que 39% des professionnels français considèrent les vulnérabilités au hameçonnage et aux arnaques par ingénierie sociale comme l’un des problèmes posant le plus de difficultés aux entreprises. Pourtant, la plupart des programmes de sensibilisation restent standardisés, déconnectés des réalités métiers, et perçus comme une contrainte administrative plutôt qu’un outil de protection réel.
Concevoir une sensibilisation efficace nécessite de comprendre les spécificités de chaque contexte professionnel. Un directeur financier ne sera pas sensible aux mêmes arguments qu’un technicien de maintenance. Une collectivité territoriale ne fait pas face aux mêmes menaces qu’un établissement de santé. Les scénarios d’attaque, les exemples concrets, le niveau de technicité du discours doivent être adaptés.
C’est précisément ici que les profils issus de la communication, du marketing ou de la formation trouvent leur place. Ils savent créer des contenus engageants, mesurer l’efficacité des messages, adapter les formats selon les publics. Associés à une compréhension des enjeux de cybersécurité, ces compétences deviennent des atouts majeurs pour renforcer la posture de sécurité des organisations.
Le rôle d’un cabinet de recrutement cybersécurité qui comprend ces enjeux

Identifier les compétences au-delà du CV technique
Dans un marché de la cybersécurité où les entreprises françaises prévoient de rationaliser leurs budgets et à la fois d’embaucher des spécialistes efficients, le défi ne consiste pas seulement à trouver des profils techniques. Il faut identifier les personnes capables de comprendre et de contrer l’ingénierie sociale, ce qui suppose une approche radicalement différente du recrutement traditionnel.
Un cabinet de recrutement cybersécurité spécialisé ne se contente pas de vérifier les certifications et l’expérience sur les outils de sécurité. Il évalue la capacité à comprendre les comportements humains, à communiquer avec des publics variés, à concevoir des approches adaptées aux spécificités de chaque organisation. Il reconnaît par exemple qu’un psychologue ou un ancien du GIGN apportera une expertise précieuse dans l’analyse des tactiques de manipulation.
Accompagner les reconversions vers la cybersécurité
L’ingénierie sociale démontre que la cybersécurité est fondamentalement une discipline transverse, à la croisée de la technique, des sciences humaines et de la communication. Cette réalité ouvre des opportunités considérables pour les personnes en reconversion professionnelle qui possèdent déjà des compétences humaines solides et souhaitent les orienter vers un domaine en forte structuration.
Un cabinet de recrutement spécialisé accompagne ces transitions en identifiant les compétences transférables, en orientant vers les formations complémentaires pertinentes, en valorisant les parcours atypiques auprès des entreprises clientes. Il aide les organisations à comprendre que recruter quelqu’un qui maîtrise la psychologie de la persuasion peut être aussi stratégique que recruter un expert en détection d’intrusion.
Sensibiliser les organisations aux enjeux humains
Au-delà du recrutement pur, un cabinet de recrutement cybersécurité qui comprend les enjeux d’ingénierie sociale peut jouer un rôle de conseil auprès des entreprises. Il les aide à prendre conscience que 60% de leurs risques cyber ne se résoudront pas par l’achat d’un nouvel équipement, mais par le renforcement de la vigilance humaine et l’amélioration des processus de vérification.
Cette sensibilisation passe par la mise en évidence de profils adaptés aux besoins réels : responsables de sensibilisation capables de créer des contenus engageants, analystes comportementaux sachant décrypter les tentatives de manipulation, spécialistes de la gestion de crise formés à gérer l’après-incident. Autant de fonctions qui nécessitent des compétences humaines au moins aussi importantes que des compétences techniques, qu’elles se trouvent à l’intérieur ou à l’extérieur de l’entreprise.
Construire une défense réellement efficace contre l’ingénierie sociale

Face à une menace qui cible l’humain, la réponse doit être elle aussi centrée sur l’humain. Cela implique plusieurs axes complémentaires :
Des programmes de sensibilisation contextualisés, qui s’appuient sur des scénarios réalistes adaptés à chaque métier plutôt que sur des formations standardisées. Un service comptabilité doit comprendre les mécanismes de l’arnaque au président avec des exemples concrets issus de leur secteur. Un service informatique doit reconnaître les tentatives de pretexting visant à obtenir des accès privilégiés.
Des processus de vérification robustes, qui ne reposent pas sur la simple vigilance individuelle mais sur des procédures claires. Tout ordre de virement inhabituel doit faire l’objet d’une validation par un second canal. Toute demande de modification de coordonnées bancaires doit suivre un processus formalisé. Ces garde-fous organisationnels compensent les moments d’inattention ou de pression.
Des équipes diversifiées, qui combinent expertise technique et compréhension des dynamiques humaines. Les organisations qui recrutent uniquement des profils techniques se privent de perspectives essentielles pour contrer des attaques qui exploitent précisément les failles non techniques.
Une culture de la sécurité, où signaler une tentative suspecte est valorisé plutôt que stigmatisé, où poser une question de vérification supplémentaire est encouragé plutôt que perçu comme un manque de confiance. Cette culture ne se décrète pas par une note de service, elle se construit dans la durée par l’exemple et la communication.
L’ANSSI a traité 4 386 événements de sécurité en 2024, incluant 1 361 incidents confirmés où des attaquants ont réussi à compromettre des systèmes d’information. Derrière chacun de ces chiffres, des personnes ont été manipulées, des processus contournés, des failles humaines exploitées. Investir dans la compréhension de ces mécanismes et dans le recrutement de profils adaptés n’est plus une option, c’est une nécessité stratégique.
Conclusion : repenser la cybersécurité à l’heure de l’ingénierie sociale
L’ingénierie sociale ne va pas disparaître. Au contraire, l’essor de l’intelligence artificielle, des deepfakes et des techniques toujours plus sophistiquées de manipulation impose de rehausser les défenses non plus seulement sur l’infrastructure technique, mais sur la gouvernance, les processus et surtout l’humain.
Cette réalité transforme profondément les besoins en recrutement. Les organisations qui continueront à rechercher exclusivement des profils techniques passeront à côté de compétences essentielles. Celles qui comprendront que la cybersécurité est autant une affaire de psychologie que de technologie, autant une question de communication que de cryptographie, prendront une longueur d’avance.
Pour un cabinet de recrutement cybersécurité, cette évolution représente à la fois un défi et une opportunité. Un défi parce qu’il faut convaincre les entreprises de considérer des profils qu’elles n’auraient jamais envisagés. Une opportunité parce que le marché français regorge de talents en reconversion qui possèdent exactement les compétences humaines dont les organisations ont besoin pour contrer l’ingénierie sociale.
Quand 60% des cyberattaques débutent par une manipulation humaine, quand 82% des violations de données impliquent le facteur humain, quand les pertes se chiffrent en milliards d’euros chaque année, il devient évident que la cybersécurité ne peut plus être l’apanage des seuls techniciens. Elle nécessite des équipes pluridisciplinaires, des approches innovantes, et surtout la reconnaissance que protéger les systèmes commence par comprendre les personnes qui les utilisent.
L’ingénierie sociale nous rappelle une vérité dérangeante mais incontournable : dans la cybersécurité comme ailleurs, l’humain reste à la fois le maillon faible et la ressource la plus précieuse. Encore faut-il savoir la mobiliser, la former, et la recruter avec discernement.
La Team Rehackt


Laisser un commentaire